Depuis 25 ans que j'accompagne des dirigeants, des managers et des formateurs, je n'avais jamais vu un outil s'installer aussi vite que l'intelligence artificielle.
En quelques mois, ChatGPT, Claude et les autres sont passés du gadget que l'on teste le soir à l'assistant IA que l'on ouvre le matin.
Et plus je l'observe, plus une conviction s'installe. Une conviction qui va à contre-courant de ce qu'on entend partout.
Partout, on vous dit : « Apprenez à maîtriser l'IA, et vous prendrez l'avantage. »
Je crois que c'est faux. Ou plutôt : je crois que c'est déjà en train de devenir faux.
Pourquoi l'IA devient un outil comme un autre pour les dirigeants de TPE-PME
Réfléchissez deux minutes.
Aujourd'hui, l'IA que vous utilisez est la même que celle de votre concurrent. Même outil. Même puissance. Souvent le même prix.
Et ce mouvement ne va faire que s'accélérer. Dans deux ou trois ans, chaque dirigeant de TPE ou de PME aura, à portée de main, un assistant capable de rédiger un mail, de préparer un rendez-vous ou de synthétiser un document en quelques secondes.
C'est une bonne nouvelle. Mais cela veut aussi dire une chose simple :
Ce qui se démocratise ne différencie plus.
Quand tout le monde a accès à la même technologie, ce n'est plus la technologie qui fait la différence entre deux entreprises.
Alors qu'est-ce qui la fera ?
Même IA, même demande : pourquoi deux dirigeants obtiennent des résultats opposés ?
Laissez-moi vous raconter une situation que je vois souvent.
Deux dirigeants doivent annoncer une réorganisation à leur équipe. Tous les deux ouvrent la même IA. Tous les deux tapent à peu près la même demande : « Rédige un message clair et mobilisateur pour annoncer une nouvelle organisation. »
L'IA leur propose un texte très propre. Quelque chose comme :
« Cette nouvelle organisation va nous permettre de gagner en efficacité et de mieux servir nos clients. »
Le premier dirigeant copie, colle, envoie. Sur le papier, le message est parfait.
Sauf que son équipe est fatiguée, qu'elle n'a pas été consultée, et qu'elle lit entre les lignes : « Encore un beau discours. » Le message, pourtant impeccable, braque tout le monde.
Le second dirigeant, lui, s'arrête deux minutes avant d'envoyer. Il se demande : « Comment mon équipe va-t-elle recevoir ça, vu ce qu'elle vient de traverser ? » Il transforme l'email en réunion. Il commence par reconnaître la fatigue. Puis il annonce. Et ça passe.
Même outil. Même demande. Même texte de départ.
Deux résultats totalement opposés.
La différence ne s'est pas jouée sur l'IA. Elle s'est jouée sur tout ce que l'IA ne voit pas : l'histoire de l'équipe, les non-dits, la fatigue, la confiance déjà entamée ou préservée.
Ma conviction : le vrai sujet, ce n'est pas l'IA, c'est le management avec l'IA
C'est ici que mon approche se distingue de beaucoup de ce qui se fait aujourd'hui.
La plupart des formations apprennent à utiliser l'IA pour produire plus vite : des mails, des contenus, des présentations. C'est utile, et je le fais aussi. Mais ça s'arrête à la productivité.
Ce qui m'intéresse, moi, c'est ce qui se passe juste après. Quand le mail bien rédigé arrive chez un salarié à cran. Quand la décision bien argumentée doit être annoncée à une équipe inquiète. Quand le message parfait rencontre une vraie relation humaine.
Parce qu'un dirigeant ne pilote pas seulement une activité. Il pilote des tensions, des attentes, des inquiétudes, des engagements. Et sur ce terrain-là, aucune IA ne décidera à votre place.
Cela fait des années que je forme des dirigeants et des managers à l'intelligence émotionnelle — cette capacité à comprendre ce qui se joue, chez soi et chez les autres, pour agir avec justesse. Dans mes accompagnements, je m'appuie sur des outils concrets de lecture des comportements, comme le DISC, pour aider chacun à mieux se comprendre et mieux comprendre ses interlocuteurs.
Longtemps, on a rangé cette compétence parmi les « compétences douces ». C'est une erreur. Dans une petite structure, où tout le monde se connaît et où une phrase maladroite laisse des traces, c'est une compétence de pilotage.
Et loin de la rendre inutile, l'IA la rend stratégique.
C'est tout le sens de la formule qui résume mon approche :
L'IA pour préparer.
L'intelligence émotionnelle pour ajuster.
Le dirigeant pour assumer.
L'IA vous aide à préparer un message, un entretien, une décision. Votre lecture des émotions — la vôtre, celle des autres — vous permet de l'ajuster à la réalité du moment. Et c'est vous, et vous seul, qui assumez la relation.
Manager avec l'IA : 3 réflexes concrets à appliquer dès demain
Pas besoin de tout transformer. Trois réflexes suffisent déjà à faire la différence.
- Clarifiez avant de demander. Avant d'ouvrir l'IA, prenez deux minutes : quels sont les faits ? Quelle émotion est présente, chez moi et chez l'autre ? Quel est mon vrai objectif ? Vous éviterez de demander un beau message sur une situation mal comprise.
- Relisez-vous avant d'envoyer. Posez-vous une seule question : « Est-ce que ce message me ressemble ? » Un texte trop lisse, trop « IA », ça s'entend. Remettez-y votre voix.
- Choisissez le bon canal. Un email IA bien tourné ne remplacera jamais un face-à-face quand la situation est sensible. L'outil vous fait gagner du temps ; il ne doit pas vous servir à éviter une conversation difficile.
Demain, l'avantage sera humain
Je le crois profondément : les dirigeants qui prendront l'avantage ne seront pas ceux qui utiliseront l'IA à la place de l'humain.
Ce seront ceux qui sauront s'en servir pour mieux préparer, mieux communiquer et mieux prendre soin de la relation.
Dans un monde où les machines répondent de mieux en mieux, la vraie différence se fera sur une compétence très ancienne et très humaine : savoir écouter, comprendre et agir avec justesse.
C'est exactement ce que je transmets aux dirigeants que j'accompagne.
Qui est Eric Josso ?
Formateur, coach et consultant en accompagnement du changement depuis plus de 25 ans, Eric Josso est certifié en intelligence émotionnelle et praticien du modèle DISC. Il accompagne dirigeants, managers, formateurs et tuteurs dans le développement de leur posture relationnelle, de leur communication et de leur impact.
Fondateur de Learning Lagoon, organisme de formation certifié Qualiopi basé à Nantes et Vannes, il forme les dirigeants de TPE-PME à un usage concret et responsable de l’IA — non pas pour remplacer l’humain, mais pour mieux préparer, décider et manager au quotidien.
Sa conviction : les entreprises les plus solides seront celles qui sauront développer l’intelligence humaine autant que maîtriser l’intelligence artificielle.
Pour aller plus loin :
- La méthode pas à pas pour vous y mettre : Comment bien utiliser l'IA quand on dirige une TPE ou une PME ?
- L'articulation IA / émotions dans les situations difficiles : IA et intelligence émotionnelle : mieux manager quand on dirige une TPE-PME
- Découvrir la formation IA pour dirigeants — Vannes & Nantes