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À partir du 2 août, devez-vous écrire « rédigé avec l’IA » ?

28 juillet 2026 par
ERIC JOSSO

Vous avez préparé votre newsletter de juillet avec ChatGPT. Relue, corrigée, deux paragraphes réécrits parce qu’ils ne vous ressemblaient pas. Envoyée. Et ce matin, vous tombez sur un post LinkedIn : « AI Act — au 2 août, tout contenu généré par IA devra être signalé. Amendes jusqu’à 15 millions d’euros. »

Vous vous demandez si vous venez de faire une bêtise.

Réponse courte : non. La date est vraie, l’obligation existe, le chiffre aussi. Mais ce que le texte demande n’a presque rien à voir avec ce que ce post laisse entendre.

AI Act : ce qui tombe le 2 août 2026, et ce qui était déjà là

Commençons par lever une confusion que je croise partout depuis un mois, y compris chez des gens sérieux.

L’obligation de former ses équipes à l’IA — la fameuse « maîtrise de l’IA », l’article 4 du règlement — n’arrive pas le 2 août. Elle s’applique depuis le 2 février 2025(1). Si vous ne l’avez pas vue passer, vous êtes en nombreuse compagnie. Et la bonne nouvelle, c’est qu’elle ne réclame ni certification, ni dossier, ni organisme agréé : le règlement fixe un résultat — que les personnes qui utilisent l’IA sachent ce qu’elles font — sans imposer la façon de le démontrer. En pratique, conserver la trace de vos actions de sensibilisation est une manière raisonnable de montrer que la démarche existe(1).

Ce qui entre en application le 2 août 2026, c’est autre chose : l’article 50, les obligations de transparence(2). Elles tiennent en une seule idée, et si vous ne retenez que celle-là vous aurez l’essentiel : quand une machine parle à quelqu’un, ou quand un contenu a été fabriqué par une machine, la personne en face doit pouvoir le savoir. Tout le reste n’en est que la déclinaison.

Si vous dirigez un organisme de formation, l’autre versant du règlement — celui des systèmes dits à haut risque — est traité dans notre article AI Act 2026 : comment les organismes de formation doivent se préparer.

Votre chatbot doit dire qu’il est un chatbot

C’est le point le plus net, celui sur lequel il n’y a rien à négocier. Un système d’IA qui interagit directement avec des personnes doit les informer qu’elles s’adressent à une IA — sauf si c’est évident pour quelqu’un de raisonnablement attentif(2).

Concrètement : la petite bulle en bas à droite de votre site, celle qui répond aux questions de vos visiteurs, doit annoncer la couleur. Une phrase suffit. « Vous discutez avec un assistant automatique. » Ce n’est pas une mention légale de douze lignes, c’est une politesse que le règlement rend obligatoire — sur ce point précis de transparence, s’entend : l’AI Act comporte d’autres obligations selon l’usage que vous faites de l’IA.

Posez-vous la question ce soir, en regardant votre propre site : est-ce qu’un visiteur peut croire qu’il est en train d’écrire à quelqu’un de votre équipe ? Si la réponse est oui, il y a une phrase à ajouter, et c’est l’affaire de dix minutes.

Vos articles et vos posts : la seule question qui compte, c’est qui signe

C’est ici que le post LinkedIn se trompe, et lourdement.

Le texte ne dit pas « tout contenu généré par IA doit être signalé ». Il vise les textes publiés dans le but d’informer le public sur des questions d’intérêt général. Et il prévoit une exception qui change tout : le signalement ne s’impose pas si le contenu a fait l’objet d’un contrôle humain ou éditorial et qu’une personne, physique ou morale, en assume la responsabilité éditoriale(2).

Relisez-la, elle est plus intéressante qu’elle n’en a l’air. Le législateur ne vous demande pas de renoncer à l’IA. Il ne vous demande pas non plus de coller un bandeau d’excuse en haut de vos articles. Il demande qu’il y ait quelqu’un derrière : un humain qui a lu, qui a corrigé, et qui assume ce qui part en ligne sous son nom.

Encore faut-il s’entendre sur « relu ». La Commission européenne a publié une FAQ, mise à jour le 20 juillet 2026, qui ferme la porte à l’interprétation minimale : une vérification superficielle, purement formelle ou procédurale — une correction d’orthographe ou de grammaire — n’est pas un contrôle humain ou éditorial(4). Ce qu’elle attend, c’est un examen délibéré du fond du contenu par une personne qui s’y connaît, une entité qui a réellement le pouvoir d’approuver, de modifier ou de refuser, et quelqu’un qui porte la responsabilité juridique de la publication(4).

Autrement dit, la question n’est pas « ai-je le droit d’écrire avec l’IA ». C’est « qui relit sur le fond, et qui signe ».

Et si votre réponse honnête est « personne, en fait, ça part directement » — alors votre problème n’est déjà plus réglementaire. Un texte que personne n’a relu finira tôt ou tard par publier une erreur à votre nom. Le 2 août n’y change rien, il ne fait que mettre un mot dessus.

Cette vigilance vaut d’ailleurs dans les deux sens : ce que vous publiez, mais aussi ce que vous confiez à la machine. C’est le sujet de notre article Comment utiliser l’IA en entreprise sans compromettre vos données sensibles ?

Signaler un contenu généré par IA : trois contresens que je vois passer

Le support de formation. Vous avez monté votre diaporama avec l’IA : rien dans l’article 50 ne vous oblige à l’écrire sur la première diapositive. Un support pédagogique n’est pas un texte publié pour informer le public sur des questions d’intérêt général. Cela dit, le dire à vos participants reste une bonne idée — pas pour la loi, pour la confiance. Et parce que la question vous sera posée pendant la pause, autant y avoir répondu avant.

L’illustration générée. L’image d’en-tête que vous avez sortie d’un générateur : l’obligation de marquage technique, celle qui inscrit dans le fichier lui-même qu’il a été produit par une IA, pèse d’abord sur le fournisseur de l’outil(2). Vous n’avez pas de filigrane à bricoler vous-même, et les systèmes déjà sur le marché avant le 2 août ont jusqu’au 2 décembre pour s’y conformer(3). Attention quand même : selon ce que vous publiez et dans quel contexte, une obligation de divulgation peut vous incomber à vous aussi. Le marquage technique et le fait de le dire à vos lecteurs sont deux choses distinctes.

Le deepfake, lui, ne pardonne pas. Si vous publiez une image, une voix ou une vidéo qui ressemble à une personne réelle, à un lieu réel, à un événement réel, vous devez indiquer que c’est artificiel(2). C’est le seul cas de cet article où je conseille la prudence maximale, parce que c’est le seul où l’erreur se voit et se retient. Le témoignage client reconstitué avec une voix de synthèse, par exemple : ne le faites pas sans le dire.

Ce que je fais, moi, pour ce blog

Autant être direct, ce serait malvenu de ne pas l’être dans un article sur la transparence : les articles de ce blog sont écrits avec l’IA. Pas générés d’un clic — écrits avec, ce qui n’est pas la même chose.

Je choisis le sujet. Je donne l’angle, les sources, ce que je veux dire et ce que je ne veux surtout pas lire. La machine produit une première version. Je réécris tout ce qui ne me ressemble pas, et il y en a. Je vérifie chaque chiffre et chaque date à la source — c’est d’ailleurs comme ça que je me suis aperçu que la moitié des posts qui circulent sur le 2 août racontent n’importe quoi. Ce n’est pas une relecture d’orthographe : c’est un jugement sur le fond, et il m’arrive de jeter des paragraphes entiers. Puis j’assume ce qui est publié.

Cette règle-là, je me l’étais donnée bien avant de savoir ce que dirait l’article 50. Elle tient dans une formule que je répète en formation : l’intelligence artificielle prépare, l’intelligence émotionnelle ajuste, le manager décide. Ce qui m’a surpris en lisant le texte européen, c’est d’y retrouver exactement la même logique. Pour une fois, la réglementation ne demande pas d’ajouter une couche de paperasse par-dessus le travail. Elle demande de travailler comme il faudrait travailler de toute façon.

Vous voulez poser des règles d’usage claires avec votre équipe avant la rentrée ? C’est précisément ce qu’on travaille dans notre formation IA pour dirigeants, à Vannes et à Nantes : trois jours pour apprendre à s’en servir vraiment, sur vos propres tâches.

À retenir
L’obligation de former ses équipes à l’IA n’arrive pas le 2 août : elle s’applique depuis février 2025, et ne demande ni certification ni dossier.
Ce qui entre en application le 2 août 2026, c’est la transparence. Premier réflexe : un chatbot doit dire qu’il est un chatbot.
Pour un texte publié, l’obligation de signalement tombe s’il a fait l’objet d’une vraie revue humaine sur le fond — pas d’une correction d’orthographe — et si quelqu’un en assume la responsabilité éditoriale. La question n’est pas l’outil, c’est la signature.

Par quoi commencer cette semaine

Ouvrez votre site et regardez deux choses.

S’il y a un assistant conversationnel, ajoutez-lui sa phrase d’annonce. Dix minutes, et le point le plus net du règlement est réglé — celui-là, au moins, ne se discute pas.

Puis, pour tout ce que vous publiez, écrivez noir sur blanc qui relit et qui signe. Un nom, pas une intention — et quelqu’un qui lit vraiment le fond, pas seulement l’orthographe. Si cette personne existe déjà chez vous, vous avez l’essentiel de ce que demande l’article 50. Si elle n’existe pas, vous venez de trouver votre chantier de rentrée. Et c’est le plus rassurant dans cette histoire : ce que l’AI Act vous demande au 2 août 2026, ce n’est pas de signaler un contenu généré par IA, c’est d’avoir quelqu’un qui le relit sur le fond et qui l’assume. Ça vous servira bien au-delà de la date.

Sources

1.          Capstan Avocats, Formation des salariés à l’IA : 5 questions sur vos obligations d’employeur — article 4 du règlement (UE) 2024/1689, entré en application le 2 février 2025 — https://www.capstan.fr/articles/2692-formation-des-salaries-a-lia-5-questions-sur-vos-obligations-demployeur/

2.          Article 50 du règlement (UE) 2024/1689 sur l’intelligence artificielle, obligations de transparence — https://artificialintelligenceact.eu/fr/article/50/

3.          La Revue du Digital, De nouvelles obligations de l’AI Act entrent en vigueur au 2 août 2026https://www.larevuedudigital.com/de-nouvelles-obligations-de-lai-act-entrent-en-vigueur-au-2-aout-2026/

4.          Commission européenne, Transparency obligations under Article 50 of the AI Act — FAQ officielle, mise à jour du 20 juillet 2026 : définition de la revue humaine, du contrôle éditorial et de la responsabilité éditoriale ; exclusion explicite des vérifications superficielles, purement formelles ou procédurales — https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/faqs/transparency-obligations-under-article-50-ai-act

5.          Culture RH, AI Act : les obligations des entreprises à compter du 2 août 2026https://culture-rh.com/ai-act-02-aout-2026/


Questions fréquentes

Dois-je écrire « article rédigé avec l’IA » en haut de mes publications ? 

Pas si une personne en a fait une vraie revue de fond et en assume la responsabilité éditoriale : l’article 50 prévoit explicitement cette exception. La Commission précise qu’une simple correction d’orthographe ou de grammaire ne suffit pas à l’activer(4). Rien ne vous empêche de mentionner l’usage de l’IA par choix de transparence, mais ce n’est pas une obligation.

Que risque-t-on concrètement en cas de manquement ? 

Les sanctions associées aux obligations de transparence peuvent atteindre 15 millions d’euros ou 3 % du chiffre d’affaires annuel mondial(3). Elles visent des manquements caractérisés, pas une phrase oubliée sous un chatbot — mais mieux vaut ne pas tester.

Mon chatbot est fourni par un prestataire. C’est à lui de gérer ? 

L’obligation d’informer l’utilisateur pèse sur le fournisseur du système, mais c’est votre site et votre visiteur. Vérifiez que la mention apparaît bien, et demandez-la à votre prestataire si elle manque.

Est-ce que ça s’applique à une TPE de trois personnes ? 

Oui. Le règlement ne prévoit pas de seuil d’effectif pour ces obligations de transparence. En revanche, ce qu’elles demandent concrètement à une petite structure reste modeste : une phrase sous un chatbot et une relecture de fond identifiée sont les premières mesures à mettre en œuvre.

Et l’obligation de former mes salariés à l’IA, alors ? 

Elle existe depuis le 2 février 2025 et elle est plus souple qu’on ne le croit : le règlement exige un niveau suffisant de maîtrise de l’IA chez les personnes qui l’utilisent, sans imposer de certification ni de format de preuve. Garder la trace des actions de sensibilisation menées est une façon raisonnable de montrer que vous vous en êtes occupé(1).